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Sans la prétention d'une synthèse historique,
exhaustive et rigoureuse, cette chronique essaye de
rester honnête mais accepte quelques imprécisions
et ne souligne pas toujours la différence entre
une hypothèse et une certitude. Elle choisit
subjectivement tel événement et en oublie
un autre... Elle souligne telle évolution et
estompe l'importance d'une autre... Comme nous tous,
lorsque nous rassemblons nos souvenirs.
En levant nos regards au-delà de l'encloître
et des remparts, rappelons-nous combien notre "
aujourd'hui " et notre " ici " sont solidaires
de l'hier et de l'ailleurs des autres.
Depuis bientôt vingt ans, Jacqueline de Bavière
a fait donation du comté de Hainaut à
Philippe le Bon.
Le duc de Bourgogne, influencé par les Croÿ,
reconnaît au comté son identité,
par exemple en choisissant des Hainuyers comme Grand
bailli. Mais la fiscalité pèse lourd et
le pouvoir du duc développe une tendance centralisatrice.
Les villes connaissent un essor économique,
l'industrie se développe et la paix épargne
aux paysans les excès de la soldatesque.
Mons entre dans une période de prospérité,
même si les Montois n'ont pas oublié la
peste et la famine de 1438 et les inondations catastrophiques
de 1445.
C'est en 1450 que la tour et la flèche de Saint-Nicolas
sont terminées ; dans peu de temps sera fondé
l'hôpital des Chartriers, la rue Neuve sera percée
et les échevins décideront la construction
d'un nouvel hôtel de ville.
Les chanoinesses qui, l'année précédente,
ont reçu les grands musiciens Guillaume Dufay
et Gilles Binchois, n'imaginent pas que, bien plus tard,
les historiens situeront, à l'époque qu'elles
vivent, le début de l'humanisme et de l'histoire
moderne.
En ce milieu du siècle, Jérôme
Bosch, le Pérugin, Léonard de Vinci et
Savonarole viennent au monde ; l'imprimerie voit le
jour ; à Venise, Donatello sculpte la première
statue équestre depuis l'Antiquité, celle
du Condottiere ; à Florence, Brunelleschi révolutionne
l'architecture.
Chez nous, Jean Wauquelin est toujours le grand spécialiste
des manuscrits et des miniatures (il mourra à
Mons en 1452), le fer est battu pour donner naissance
au P'tit Singe et la nouvelle église du chapitre
des chanoinesses sera en gothique flamboyant... Le vent
du sud n'a pas encore ni descendu l'Escaut, ni remonté
la Haine...
Nos Dames ignorent vraisemblablement qu'aux Indes,
l'islam et l'hindouisme fusionnent mais elles sont sans
doute mieux informées sur l'histoire contemporaine
de l'Eglise de Rome : le grand schisme d'Occident s'est
terminé par l'abdication du dernier anti-pape
et la contestation de Jean Hus a pris fin par "
son abandon au bras séculier " qui le brûla
vif ; une dernière tentative de ramener les "
Grecs schismatiques " dans le giron romain échoue
et c'est la rupture définitive entre catholiques
et orthodoxes, entre Rome et Constantinople.
L'année suivante, le 2 mai 1451, le duc Philippe
tiendra à Mons, dans le chur de l'ancienne
église, le huitième chapitre de la Toison
d'or. Durant la semaine des fêtes qui suit la
cérémonie, il apprend, par les ambassadeurs
de Constantin, que Mehmed ii s'apprête à
assiéger Constantinople. Philippe envoie Jean
de Croy et Jacques de Lalaing chez le roi d'Aragon et
chez le roi de France pour aviser des mesures à
prendre pour défendre la capitale de l'empire
byzantin. L'Europe hésite (dirait-on aujourd'hui)
et le sultan ottoman triomphe. Après onze siècles,
l'empire chrétien d'Orient, qui avait eu à
sa tête un comte de Hainaut, disparaît.
La première moitié du XVe siècle
est terminée. Le Moyen Age est bien fini, la
Renaissance arrive !
Les chanoinesses, qui rasent leur ancienne église
pour construire " plus moderne ", peuvent
se référer à des exemples illustres
: le pape Jules ii (qui emploiera Michel-Ange, Raphaël
et Bramante) a rasé l'église Saint-Pierre
construite à Rome douze siècles plus tôt
par Constantin ! Les bâtiments " remarquables
" ne sont pas encore classés et les Montois
ne doivent pas en parler beaucoup.
Ils sont fort impressionnés par certains qui
affirment que la comète du mois d'août
était bien un présage du décès
de Philippe le Beau, à Burgos, le 25 septembre
: il laisse un petit garçon de six ans, Charles.
Heureusement, celui-ci pourra compter sur le dévouement
des Croy (n'ont-ils pas en charge son éducation
?) et l'aide de sa tante, Marguerite d'Autriche.
Celle-ci connaît bien Mons. Elle y est passée
en 1493, de retour de France (les projets de mariage
avec le Dauphin n'ont pas abouti) ; elle y est venue
avec Philippe, son frère, il y a à peine
cinq ans, pour assister au Mystère de la Passion,
interprété par cent cinquante acteurs,
devant l'hôtel de ville construit il y a une trentaine
d'années. Elle y reviendra l'an prochain, avec
Charles, en sa qualité de gouvernante des Pays-Bas.
Pour le moment, la situation internationale n'est pas
trop agitée. Depuis 1499, la paix règne
entre la France et l'Espagne.
Jacques Du Brucq est né l'an passé
et personne n'imagine son avenir.
Si la prospérité économique du
Hainaut est certaine, la " société
duale " est une réalité : certains
bénéficient du développement des
mines, des carrières et des forges, de la verrerie,
de la toilerie et de la tapisserie, tandis que la moitié
de la population est pauvre et, en proportion non négligeable,
dans le dénuement.
Les inondations de l'an prochain, dans le bas de la
ville, n'arrangeront pas les choses même si, depuis
vingt ans, les religieuses de la Madeleine - celles-là
mêmes qui, dans quelques années, assureront
les soins à l'hôpital de Saint-Nicolas
- et les pauvres surs du Béguinage, qui
s'appelleront les Surs Noires, sont venues rejoindre
celles et ceux qui essayent de soulager les misères.
Ces " renforts " n'arriveront pas sans mal
; il a fallu l'intervention de personnages fort importants
pour que les premières trouvent de quoi se loger
et pour que les secondes puissent s'installer à
la rue des Juifs : pendant plus de dix ans, elles ont
été en opposition avec le chapitre qui
leur refusait l'autorisation de s'implanter sur son
territoire.
D'ici 1515, il ne se passera pas grand-chose à
Mons. Mais les chanoinesses réalisent-elles que
l'Europe a pris pied sur le Nouveau Monde, que l'Espagne
est " reconquise " par les Rois Catholiques,
que l'anti-sémitisme a sévi en Pologne
et au Portugal, que Vasco de Gama est arrivé
aux Indes, qu'en Perse les Chiites et les Sunnites s'affrontent,
que les princes allemands de Thurn und Taxis organisent
un système de courrier qui couvrira l'Europe,
qu'Ignace de Loyola et François Xavier viennent
au monde et que Luther a 23 ans ?
Que d'événements essentiels depuis la
joyeuse entrée à Mons de Charles, en qualité
de comte de Hainaut, en 1515 !
Sur les reliques de sainte Waudru, il a juré
de maintenir les lois et franchises du comté
et de la Ville. Le comté conserve sa cour souveraine
et ne relève pas de celle de Malines : c'est
bien une terre " tenue de Dieu et du Soleil ".
En 1519, les Montois célèbrent l'élection
de Charles au trône impérial et n'imaginent
pas les conséquences néfastes d'un conflit
permanent entre la France et l'Empire ; ces guerres
incessantes ne commencent-elles pas par la victoire
retentissante de Charles à Padoue, en 1521, et
le séjour de François ier dans les geôles
madrilènes ?
Au-delà du Rhin, Luther affiche ses nonante-cinq
thèses, ne se soumet pas à Rome, est excommunié
et mis au ban de l'Empire par la Diète de Worms,
en 1521. L'empereur transforme l'Inquisition en institution
d'Etat et le Hainaut reçoit son premier inquisiteur
: Jacques de Lattre, prieur du Val des Ecoliers à
Mons. Les princes transforment les luttes religieuses
en conflits politiques. Bientôt, tout s'entremêle
: les impériaux saccageront le Vatican romain
et Henri viii sera excommunié.
Au Sud de l'Europe, les Turcs attaquent en Hongrie,
prennent Rhodes et mettront le siège devant Vienne
en 1529, tandis qu'au Nord, la Suède devient
une nation indépendante. Bien loin à l'Ouest,
Pizarre débarque au Pérou.
Et pendant ces années d'ébullition, la
vie continue à Mons. En 1515, la paroisse de
Sainte-Elisabeth a été reconnue. En 1521,
Charles Quint trouve le temps de venir faire sa joyeuse
entrée d'empereur à Mons et d'ordonner
aux chanoinesses de ne plus s'opposer à l'élévation
du clocher de l'église Saint-Germain en reconstruction.
1527 voit la naissance de Nicolas de Neufchâtel,
le futur peintre Lucidel. En 1532, naît, en la
rue de la Guerlande, à l'enseigne de la Noire
Tête, le petit Roland de Lattre qui, à
première vue, n'a rien à voir avec l'inquisiteur.
Plus tard, après la condamnation de son père
comme faux monnayeur (dit-on), il se transformera en
Orlando de Lassus et parcourra l'Europe pour sa gloire
personnelle et celle de sa musique. Antoine de Lusy,
bourgeois de Mons, continue à tenir son journal,
mais personne ne sait s'il a lu l'Eloge de la folie
qu'Erasme a publié au début de la décennie.
D'ailleurs, certains affirment que l'événement
marquant de ce premier quart de siècle est le
premier combat de saint Georges et du Dragon en 1524.
Il faut reconnaître que c'est le seul dont on
reparle tous les ans, du moins à Mons.
La seconde moitié du XVIe siècle compte
parmi les plus sombres de l'histoire du Hainaut.
Depuis l'abdication de Charles Quint en 1555, Philippe
ii, comme l'écrira plus tard Georges Bohy, est
" le roi d'une Espagne dont les Pays-Bas sont une
colonie ". Pour gouverner nos provinces, il envoie
des duc d'Albe, des Luis de Requesens et des Don Juan
d'Autriche, plus connus pour leurs vertus militaires
et leur brutalité que pour leur diplomatie et
leur sens politique.
Les soixante-huit exécutés par le fer
et le feu, en 1592, sur la Grand-Place de Mons en témoignent
: ils avaient été plus ou moins convaincus
d'avoir épousé la cause des Réformés
lors de l'occupation de la ville par les protestants
de Louis de Nassau.
Jacques Du Brucq, qui avait aussi été
attiré par le protestantisme, s'en tire à
meilleur compte en sculptant la statue de saint Barthélemy
qui, dans quatre siècles, se dressera, par erreur
ou par hasard, au milieu des vertus cardinales, dans
le chur de la collégiale.
En 1579, c'est la séparation entre les provinces
catholiques du Sud et les protestantes du Nord. Les
Provinces-Unies sont nées, abandonnant Flandre,
Artois, Hainaut et Wallonie (sans les principautaires
liégeois) aux Espagnols et à tous les
belligérants européens qui en font leur
champ clos, se disputant nos villes et apportant misères
et exactions.
Monseigneur de Berlaymont a même dû fuir
Cambrai et installer son siège archiépiscopal
à Mons pendant quinze ans. Sa présence
valut aux Surs Noires une seconde chapelle et
à François Buisseret, qui sera un de ses
successeurs, de pouvoir instituer " l'escolle dominicale
pour enseigner la doctrine chrétienne aux pauvres
petits enfants ". Nous sommes en 1580, pas loin
de la collégiale, à la rue Samson.
La même année, le chroniqueur nous rapporte
le passage d'une comète " horrible ",
la survenance d'une " pestilance dommageable "
et d'un tremblement de terre.
Heureusement, les Montois et leurs maisons n'ont pas
trop souffert. Et cependant, celles-ci ne sont pas toutes
bâties de pierres et de briques et couvertes de
tuiles ou d'ardoises comme l'avait demandé le
Magistrat, prohibant les " maisons plâtrées
de terre et couvertes d'estrain ".
Ces perturbations naturelles n'ont pas plus empêché
Alexandre Farnèse, le nouveau gouverneur de nos
provinces, de faire son entrée à Mons
et de prêter serment à Sainte-Waudru le
24 avril. On devine chez lui l'habile politique qui
calmera les esprits, convaincra plus qu'il ne sanctionnera
et permettra une fin de siècle plus calme.
Ailleurs aussi, il y a de bonnes nouvelles. Au Japon,
les jésuites rencontrent les faveurs du dictateur.
A Florence, François de Médicis fonde
les Offices. En France, Montaigne écrit les Essais
et la maman de Vincent de Paul attend un bébé.
Aux Indes, un empereur mogol réunit des docteurs
hindous, jaïnistes et perses, des jésuites
et des oulémas, dans une " maison de religion
". Et puis, dans deux ans, il y aura un nouveau
calendrier, celui de Grégoire xiii, que nous
utilisons pour cette chronique rétrospective
!
L'arrivée des archiducs Albert et Isabelle avait
fait naître de grands espoirs de paix, d'autonomie
politique, voire d'indépendance, et même,
chez les membres des Etats provinciaux, de partage du
pouvoir.
Albert est décédé en 1621, après
avoir dirigé les affaires pendant vingt-trois
ans, et Isabelle lui a survécu pendant douze
ans. Au bout de ces longues années, le bilan
est plutôt maigre.
Certes, les archiducs, sincèrement convaincus
de la primauté de l'Eglise de Rome, ont travaillé
avec efficacité à la " restauration
catholique " mais ils sont restés soumis
à l'autorité madrilène, ont continué
les hostilités contre nos voisins du Nord (qui
ne ne souvient du siège d'Ostende... et de la
couleur isabelle ?) et ont échoué dans
leurs essais de redresser l'économie.
Les Etats du Hainaut protestent et sont l'âme
d'une vaine tentative de conquête de l'indépendance
pour les provinces catholiques du Sud : Madrid fait
subir le poids de son autorité et, comme depuis
quelques années, un certain Richelieu développe
sa politique de conquête des frontières
naturelles pour le royaume de France, les Hainuyers
peuvent s'attendre à vivre des décennies
fort mouvementées. Aujourd'hui, en 1637, Vauban
a quatre ans et l'an prochain verra naître le
futur Louis XIV !
Cependant, le comté ne doit pas oublier que
" les chartes nouvelles du Pays de Haynau "
ont été promulguées en 1619 et
que cet effort, réussi, d'unifier le droit hainuyer,
prolongera ses effets jusqu'en 1784.
Les Montois peuvent aussi demander à leurs descendants
du xxe siècle, qui visitent leurs musées
du jardin du Maïeur, de penser aux archiducs :
ils y ont construit ces bâtiments pour y installer
le Mont de Piété, destiné à
concurrencer, par des prêts à quinze pour
cent, les banquiers lombards qui offraient des lignes
de crédit à quarante pour cent !
De nombreuses congrégations et ordres religieux
s'installent à Mons. Les jésuites (linguistiquement
scindés depuis 1612) animent un enseignement
de conception nouvelle depuis la fin du siècle
passé. Les oratoriens s'installent à la
rue de la Poterie, sous la protection des chanoinesses,
malgré l'opposition du Magistrat. Les ursulines
ne peuvent rester dans la cité que quelques mois
car le testament de leurs protecteurs, les époux
Malapert, est contesté par la famille et les
autorités communales. Cependant, elles avaient
l'intention " d'instruire la jeunesse aux bonnes
lettres, à chanter la musique, jouer des instruments
et autres avantages pour le public, le tout gratis "!
Ce n'est que partie remise et elles reviendront définitivement
en 1648, puisqu'elles sont toujours là...
La peste ne nous a pas oubliés. Elle a frappé
en 1626 et elle est encore parmi nous en 1637. Le Magistrat
décidera la création d'un " hôpital
des pestiférés " près de la
ruelle du Jonquoy... l'an prochain : il arrive à
certains de croire que gouverner n'est pas prévoir
!
Et, pendant ce temps-là, le monde change ("
C'est la seule constante ", dirait Confucius) à
travers de grands et de petits événements.
C'est ainsi qu'en 1636, le Discours de la méthode
est publié à Valenciennes et qu'en Amérique
du Nord, la colonie du Massachusetts crée une
école de théologie, le Harvard College
du " manager " du xxe siècle !
En 1637, au Japon, les chrétiens participent
à la grande rébellion paysanne et se partagent
en martyrs et apostats ; une petite Eglise clandestine
résiste.
Près de chez nous, les Messieurs de Port-Royal
prônent la grâce accordée par Dieu
à une élite prédestinée
de " purs " et cela, malgré la condamnation
par le pape Urbain viii de l'Augustinus de Jansénius.
En 1638, naît Jean Racine, qui servira avec fidélité
l'absolutisme royal tout en illustrant le classicisme
français, et meurt le calviniste allemand Johannes
Althusius qui avança l'idée d'un contrat
entre le chef d'Etat et le sujet !
Et enfin, en 1639, la Compagnie anglaise des Indes
Orientales se voit concéder un emplacement sur
les bords du golfe du Bengale : il deviendra l'empire
des Indes.
Cartésianisme, jansénisme, absolutisme,
contrat social, classicisme, impérialisme : il
y a là matière à réflexion
!
Le siècle se termine dans la guerre et dans la
désolation, comme il a commencé. Les traités
ne conduisent pas à la paix mais à des
entractes pendant lesquels les adversaires renouvellent
les stocks de guerre, collectent l'impôt pour
financer les futures opérations et imaginent
des diplomaties nouvelles pour modifier les alliances
: Paix de Westphalie, Traité des Pyrénées,
Traité d'Aix-la-Chapelle, Traité de Nimègue,
Traité de Rijswijk. Le comté, en un siècle,
a perdu la moitié de son territoire et les Hainuyers
de Maubeuge, Valenciennes, le Quesnoy, Avesnes, etc,
vont devenir français.
Toute l'Europe, ou à peu près, s'est
dressée contre Louis XIV, particulièrement
après la Révocation de l'Edit de Nantes,
qui abolit le protestantisme en France, et les exactions
des troupes françaises dans le Palatinat.
Nos provinces attirent toutes ces puissances qui les
transforment en champs de bataille ou en lieux de séjour
et de pérégrinations pour leurs troupes.
" Les armées ont désolé tout,
fourragé, enlevé tous les grains, brûlé
la plupart des maisons, pillé et chassé
le peuple : de la province déserte, il ne reste
plus rien d'entier que la ville de Mons ". Ainsi
s'expriment les Etats du Hainaut en 1678. Ils ignoraient
que les Montois allaient partager le sort commun en
1691.
Du 24 mars au 9 avril, " cette triste ville ne
se vit éclairée que par les feux, les
incendies et les embrasements causés par les
bombes, les pot-à-feux, les fallots et les boulets
rouges, que l'ennemi jetait jour et nuit sans aucune
relâche dans tous les quartiers de la ville, sans
même épargner les églises, sauf
celle de Sainte-Waudru, dont les voûtes furent
cependant percées à divers côtés
et le petit clocher brulé... ". Même
si, en 1725, le chroniqueur exagère un peu, les
historiens confirment l'intensité des bombardements
et s'interrogent sur la relative protection dont a bénéficié
la collégiale (y aurait-il eu requête secrète
ou confidentielle des chanoinesses auprès de
Louis XIV ?).
A la même époque, les nouvelles du monde
sont souvent accompagnées du cliquetis des armes.
Les Turcs sont arrêtés devant Vienne, les
corsaires sillonnent les mers, Guillaume d'Orange détrône
Jacques ii en Angleterre; les " sorcières
" sont brûlées à Salem, les
Français sont expulsés du Siam, la Compagnie
anglaise étend son influence aux Indes en fondant
Calcutta, les Russes et les Chinois concluent un traité
(en utilisant les jésuites comme interprètes).
Et cependant, il s'allume toujours des flammes d'espérance
: Domenico Scarlatti est né en 1685 et Montesquieu
en 1689, Denis Papin publie, événement
capital pour les deux siècles qui suivent, la
" Description et usage de la nouvelle machine à
élever l'eau ", qui résume la découverte
de la machine à vapeur.
Certes, les Hainuyers terminent ce siècle en
laissant peu de choses remarquables derrière
eux, mais ils ont démontré leur capacité
de résistance aux drames du temps, leur "
entêtement à vivre " (selon l'expression
de G. Bohy) qui leur permettra de participer au redressement
bientôt entamé par la maison d'Autriche.
Les Montois commenceront le XVIIIe siècle dans
" une ville entière rebâtie à
la moderne " qui dispose de " casernes nouvelles
et d'écuries magnifiques suffisantes pour douze
à quinze mille hommes " (Gilles-Joseph de
Boussu souligne les avantages de la guerre et ne parle
pas des victimes).
Et puis, n'ont-ils pas le nouveau beffroi depuis 1669
?
Il restera le plus haut bâtiment de la ville
puisqu'il a été décidé de
ne pas poursuivre la construction de la tour de la collégiale.
Décision définitive ? L'avenir le dira...
(Jacques Drousie - 1992)
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