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Le buffet monumental de style Louis XVI fut à
l'origine, conçu pour l'abbaye cistercienne de
Cambron-Casteau, vers 1780 par Ermel, facteur d'orgues
montois.
Il contenait un instrument de style classique français
de 49 jeux répartis sur quatre claviers manuels
et un pédalier. Cet orgue qui était déjà
constitué en partie de tuyaux de l'instrument
précédent datant de 1693 (facteur : Matthieu
Le Roy - le grand-orgue étant devenu positif
et le positif étant devenu écho après
intervention d'Ermel), ne servit que très peu
de temps à Cambron. En effet, en 1783, l'Empereur
Joseph II supprima l'abbaye ; cette suppression fut
exécutée "manu militari" le
22 février 1789. L'orgue fut vendu et remonté
en l'abbaye de Coudenberg à Bruxelles, qui supprimée
également, avait été transformée
en paroisse. Le Conseil du Hainaut ayant rétabli
l'abbaye de Cambron le 17 décembre 1789, l'Abbé
obtint que soit reconnu inconstitutionnel et annulé,
tout ce qui avait été fait depuis l'expulsion
des religieux. C'est ainsi que les grandes orgues dont
on terminait le remontage à Bruxelles, furent
à nouveau démontées et reprirent
la direction de Cambron. L'occupation française
mit fin à l'existence du monastère, mais
l'orgue fut sauvé et remisé. Lorsque la
Collégiale Sainte-Waudru fut rendue au culte
après la furie, elle était dépouillée
de ses ornements et de ses orgues (il s'agissait d'un
petit instrument situé sur le jubé de
Du Broeucq).
Dès 1804, l'idée fut lancée de
racheter le grand orgue de Cambron et en 1807, le contrat
fut signé. La réception eut lieu le 28
mars 1811 : le facteur Ermel chargé des travaux,
avait ajouté une bombarde à la pédale,
augmenté l'espace entre les deux buffets et avait
amélioré l'alimentation en vent de l'instrument.
Dès 1822, l'orgue dut être restauré,
les tuyaux tombant les uns sur les autres et la soufflerie
jugée insuffisante. On constata que l'orgue avait
été "mal relivré". C'est
Louis Fétis (oncle du célèbre musicien
François-Joseph Fétis) qui fut chargé
de cet ouvrage.
En 1834, Pierre-Jean et Henri De Volder restaurèrent
l'orgue et procédèrent au renouvellement
de la soufflerie, les claviers désormais au nombre
de 3, passèrent à 54 notes et certains
jeux aigus furent remplacés par de plus graves.
Une boîte d'expression fut placée et les
anches du grand-orgue furent remplacées par un
semblant de batterie : basse de clairon, dessus de bombarde,
trompette en basse et dessus. En outre, ils remplacèrent
la voix humaine par un dessus de hautbois 8. Au positif,
ils ajoutèrent un cornet et s'engagèrent
spécialement à améliorer l'abrégé
de ce clavier. En ce qui concerne l'écho, ils
remplacèrent la doublette par une quarte de nazard,
la tierce par un dessus de montre, la fourniture par
un cornet V et la voix humaine par un hautbois ; ils
renouvelèrent aussi le dessus de flûte.
A la pédale, les De Volder adaptèrent
un système pour que la bombarde qui était
en fait la basse de ce jeu au grand-orgue, puisse parler
séparément, ce qui nécessita de
nouveaux secrets pour ce jeu.
Dès 1844 pourtant, Auguste-Joseph Rifflart restaura
l'instrument. Dans son devis, il est question de "faire"
parler une grande quantité de tuyaux qui ne chantent
plus depuis très longtemps. Rajuster les anches
à une grande quantité de tuyaux de trompette,
de clairon, de hautbois, de cromorne et de bombarde.
Raccommoder, ressouder les corps de ces tuyaux qui sont
défectueux. Faire jouer les mouvements des mécaniques
qui s'accrochent entre eux et font chanter les
notes sans les toucher
".
En 1864, Désiré Cordier effectua des
réparations urgentes et fournit une nouvelle
soufflerie. En 1875, l'orgue fut restauré par
Charles Anneesens de Grammont : renouvellement de la
soufflerie, amélioration de l'harmonisation des
jeux de montre et bourdon 16', restauration de la tuyauterie.
Entre 1920 et 1930, un facteur de second ordre démantela
totalement l'instrument d'origine : il vida et détruisit
en partie le buffet du positif et plaça un orgue
pneumatique tubulaire de 25 jeux répartis sur
2 claviers et pédalier dans le buffet monumental.
Pour permettre à l'organiste de voir ce qui se
passait dans le chur, il n'hésita pas à
amputer la façade du positif d'un tuyau sur deux.
Cet instrument ne possédait que des jeux de
fonds et d'anches de 16, 8 et 4' sans la moindre mixture,
le registre nommé "fourniture" appelant
en réalité le dessus de bombarde 16 du
grand-orgue.
Sans citer de nom, l'ingénieur liégeois
L. J. Alexis en fit une critique acerbe dans la revue
"Musica Sacra" de septembre 1931, donnant
pour titre à son article : "La grande pitié
de nos orgues".
Peu de temps après ces travaux, Emile Debacker
était nommé organiste titulaire. Très
vite, il se rendit compte de la pauvreté et du
mauvais fonctionnement de l'instrument. A force de persévérance,
il parvint à faire admettre le principe d'une
reconstruction complète suivant les goûts
du moment et l'évolution de la facture d'orgues.
En
1952, Maurice Delmotte construisit l'orgue actuel en
conservant les rarissimes jeux anciens ayant échappé
au massacre des années vingt. Il dut malheureusement
enlever la montre 16 du grand buffet qui, devenue lépreuse,
tombait en miettes.
L'orgue fut bénit par Monseigneur Himmer en
présence de la Reine Elisabeth, le dimanche 21
décembre 1952 à 15 heures ; aux claviers
se succédèrent Emile De Backer (titulaire)
et Maurice Guillaume (prix de virtuosité du Conservatoire
de Bruxelles), tandis que les uvres vocales étaient
interprétées par les petits chanteurs
de St-Laurent de Paris et la "Royale Union"
de La Bouverie.
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