La collégiale
   
Le chantier de la tour

Le plan de l'avant-corps est tracé au sol par Jean Repu et Jean De Thuin qui plantent des piquets, tracent des sillons et délimitent la base de la tour ; le chantier de la nef était loin La tourd'être fermé que déjà l'autre chantier, indépendant du précédent, était ouvert mais, à ce moment, le portail n'était pas encore conçu : en 1550, il sera dessiné après de nouvelles investigations aux portails de Malines, d'Arras, de l'abbaye de Marchiennes et d'autres encore (dans le cas du portail, le champ d'enquête est plus large, non limité au Brabant). Peut-être aucun de ces projets ne fut-il mené à terme car, en 1571, Jacques Du Brœucq fut chargé d'élaborer un plan du portail occidental et de l'escalier qui y mène (notons en passant que 1571 est à un an de l'occupation de Mons par Louis de Nassau et du terrible siège mis devant la ville par le duc d'Albe en 1572, année qui fit basculer la carrière de Jacques Du Brœucq, sauvé sans doute du pire grâce à la protection des dames du chapitre).

Les temps sont difficiles pour tous et, dès 1550, pour Sainte-Waudru également ; les guerres, les incursions françaises ruinent ou appauvrissent les campagnes, les fermiers capitulaires ne versent plus leurs fermages au chapitre et l'argent lui manque. Toutefois, on semble travailler assez régulièrement à ce massif occidental jusqu'en 1570 : Jean de Thuin, lointain successeur de Mathieu de Layens, conduit les travaux jusqu'à sa mort, en 1556, et son fils lui succède en ce qui concerne la sculpture, le décor architectonique, tandis que la maîtrise de l'œuvre est reprise en mains par Jean Herron et François Vredeau ; dès 1552, le maître maçon est Jean, le fils de Jean Repu. C'est donc une équipe qui poursuit le travail, la continuité du dessein étant assurée par des chanoinesses qui se succèdent depuis 1450 et sont présentes à toutes les discussions et réunions de chantier : Sainte-Waudru est l'œuvre du chapitre en la personne de ses dames.

Sainte-Waudru - Album de Croy XVIe s.La situation, à la fin du XVIe siècle, vers 1585, est fixée dans deux gouaches des Albums de Croÿ ; la base de la tour n'y apparaît pas encore. En effet, après un arrêt de quelque cinquante ans, le chantier ne sera réanimé qu'en 1619, grâce à des dons et des générosités d'Albert et d'Isabelle, de testateurs et de donateurs hainuyers et aussi du roi d'Espagne.

Le plan des travaux est exposé dans la trésorerie en 1619 et, dès lors, il est entendu que la tour ne montera pas plus haut que les voûtes de la nef. Le chapitre a fait son deuil de l'orgueilleuse tour qui devait dépasser celle du château (le beffroi ne sera élevé qu'à partir de 1661).

La pierre d'Ecaussinnes reste le matériau de choix et, dès 1619, on monte 30 pieds (soit environ 10 mètres) au prix de 1 000 florins par pied et le travail se poursuit assez régulièrement jusqu'en 1637. Après une interruption, le chantier reprend de 1659 à 1669, puis encore en 1686. A ce moment, une toiture est posée sur ce massif puissant, ce qui signifie que la hauteur maximale est atteinte et, désormais, c'est sous cette charpente couverte d'ardoise que le travail se poursuit, puisque la voûte de la tour est lancée en 1687 à partir des robustes contreforts.

En 1688, l'escalier monumental de l'occident est entrepris (ce chantier sera arrêté de 1691 à 1696) et on y œuvrera jusqu'en 1715, notamment sur la base de dessins de l'architecte Fonson (pour la balustrade ; dessins de 1696-1697) ; si la pierre d'Ecaussinnes, de Feluy et d'Arquennes est encore utilisée, celle de Soignies fait son entrée sur le chantier.

L'année 1691 marquera l'arrêt définitif de la construction ; le manque de fonds, le siège de la ville en mars-avril, les dégâts occasionnés à la collégiale par les bombes et les boulets français mettent un terme au grand projet né en 1450 et nourri d'espoir pendant plus de deux siècles.

Fréquemment, des chantiers limités seront ouverts mais, chaque fois, il s'agira de réparations ou de restaurations, non plus de création, à l'exception du grand escalier.

Collégiale (avec la tour) et le beffroi - L.Dolez XIXe s.

(Christiane Piérard - 1992)

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