La collégiale
   
Le chantier

Mathieu de Layens sera fréquemment présent sur le chantier dès 1450 et son influence semble indéniable. Mais, est-il le seul auteur du plan terrier, de l'élévation, de l'harmonie intérieure, de l'équilibre extérieur ?

1450
Le 9 mars 1450 (n.s.) commence le creusement des fondations. La première pierre est posée le 13 mars à midi environ par deux chanoinesses accompagnées de deux enfants ; les ouvriers reçoivent à boire et les enfants, du pain blanc, tandis que le bailli, venu visiter le chantier avec d'autres personnages, reçoit du vin chez Jean Spiskin.

Au cours des quinze semaines suivantes, les ouvriers procèdent à la démolition de la trésorerie, des cryptes et du " vieux " chœur de l'église romane. En juin et juillet, le déblaiement étant avancé, Mathieu de Layens et Gilles Pole sont à nouveau appelés à Mons, durant trois jours, afin de recueillir leur avis sur les fondations que d'aucuns considéraient non conformes au plan. Les deux experts louvanistes les déclarent bien faites et conformes au projet.

Parallèlement à la démolition de l'ancienne église, les travaux de terrassement et de construction de la nouvelle se poursuivent jusqu'au mois de novembre, le chantier étant fermé durant l'hiver.

1451
Au printemps 1451, les travaux reprennent : en grès à l'extérieur, tandis que s'élèvent déjà des piliers en pierre d'Ecaussinnes. Dès lors, Mathieu de Layens, désigné par le chapitre de Sainte-Waudru, dirige effectivement le chantier (tandis que pour l'hôtel de ville, il sera conseiller épisodique des échevins). Il reçoit un salaire de 34 lb. par an ou de 17 lb. seulement s'il omettait de venir à Mons (en hiver) ; en sus, il est gratifié de 20 s.t. par jour lorsqu'il est présent sur le chantier, en ce compris le temps du trajet de Louvain à Mons et retour

1457-1458
Mathieu de Layens est qualifié de " machon de le dite eglise, commis à l'ouvrage du nuef cuer de le dite eglise " ; outre qu'il surveille l'édification, il assiste aux remises de comptes de fourniture des pierres. Jean Spiskin étant décédé en 1457, on peut conjecturer que Mathieu de Layens, d'abord conseiller et surintendant de l'œuvre et peut-être aussi auteur du plan directeur, devint le maître opératif dès ce moment. Sa présence est attestée sur le chantier jusqu'aux environs de 1465. Il ne participa qu'aux travaux du chœur de Sainte-Waudru car il mourut en 1484. Après cette date, il fut remplacé dans ses fonctions de maître d'œuvre, à la demande des chanoinesses, par maître Antoine, alors maître maçon du comté de Hainaut et, au cours des siècles suivants, par beaucoup d'autres qui, toujours, suivirent les plans initiaux, conservant ainsi une remarquable homogénéité à l'édifice.

Vers 1502
Les chapelles absidiales, le déambulatoire, le chœur et la nouvelle trésorerie (l'actuelle sacristie, correspondant à quatre travées du déambulatoire) sont terminés et pavés en carreaux d'Ecaussinnes.

1521
Cette année est importante pour ce chantier : ce qui subsiste de l'église romane est alors démoli ; elle était donc beaucoup plus courte que l'église gothique dont l'année 1519 inaugure les travaux de la nef et des collatéraux

Le dortoir de l'abbaye (donc d'anciens bâtiments des xie et xiie siècles, semble-t-il) est démonté en 1525 pour faire place aux chapelles du sud.

Six ans plus tard, quatre travées de la nef sont édifiées et couvertes d'escailles (ardoises) ; il apparaît donc que l'église était construite par " tranches " complètes des piliers aux voûtes et à la charpente, aussitôt couverte d'une toiture : la protection du gros œuvre était assurée, les baies étant fermées par les remplages et les vitraux dans un second temps.

1558 - 1621
En 1558 débute la construction des voûtes barlongues des trois dernières travées de la nef, soit vingt-sept ans après la fin des quatre précédentes. Des pierres d'Ecaussinnes sont été livrées pour la construction des arcs augifs, en août 1558 ; en 1589, soit encore trente et un ans plus tard, la voûte est enfin terminée. Les baies n'en restent pas moins béantes : c'est entre 1610 et 1621 que seront taillés les meneaux des huit fenêtres correspondant à ces quatre dernières travées. C'est de la pierre bleue d'Arquennes qui servit pour ce dernier travail. Les carriers qui fournirent des matériaux au long chantier de Sainte-Waudru furent évidemment multiples pendant ces deux siècles.

(Christiane Piérard - 1992)

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