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L'impression de masse trapue que donne la collégiale
vue de l'extérieur s'efface dès que l'on
y pénètre : les lignes verticales dominent,
la pierre grise monte à l'assaut des voûtains
de briques, le regard effleure les piliers et participe
à l'élan continu de la base à la
clef de voûte.
L'impression
globale est à la fois l'homogénéité
et la rigueur harmonique et cependant, il y a cent quarante
ans entre le chur commencé en 1450 et la
dernière travée de la nef aux arcatures
aveugles, faisant liaison avec la tour. La structure
est restée gothique d'un bout à l'autre
du vaisseau. Les maîtres d'uvre, les architectes
successifs ont agi avec modestie, ils n'ont pas eu l'audace
de marquer leur passage par une uvre de leur cru,
ils ont suivi pied par pied le plan du XVe siècle
et, à travers la Renaissance, la période
baroque et le classicisme, ils ont persévéré
dans la méthode gothique, respectant le savoir
du maître médiéval qui avait établi
le plan et l'élévation.
Cette impression première de rectitude verticale
est confortée par l'analyse des éléments.
Aucune entrave, aucune aspérité horizontale
n'arrête la progression du regard : les hautes
bases des piliers à modénature gothique,
à biseaux et à chanfreins, se prolongent
dans les piles nervurées qui s'épanouissent
comme des palmes en se diversifiant vers les grandesarcades
ouvertes sur les basses nefs et, en faisceaux, montant
jusqu'au niveau de la voûte, se muant alors en
arcs augifs à peine brisés qui se croisent
à la clef et en arcs doubleaux séparant
les travées barlongues. Les voûtains sont
de briques roses (dans quelques travées, un quadrillage
constitué de briques plus sombres anime la voûte).
Une résille de pierre descend de la voûte
jusqu'aux arcades : les remplages des fenêtres
hautes se prolongent dans le triforium aveugle et au-delà,
dans les écoinçons des grandes arcades
de communication entre la nef et les bas-côtés
pour former un ensemble de meneaux verticaux et de rinceaux
(mouchettes, soufflets, "vessies de poissons ")
d'une grande élégance et légèreté
; c'est d'ailleurs le seul décor de l'édifice,
la sculpture en étant absente. L'étroitesse
et la hauteur des arcades du chur aux arcs brisés
aigus, ajoutent un élément à l'impression
d'élan vertical.
La
" promenade " du fond de la nef vers le chur
ou par les bas-côtés, offre de multiples
aspects de l'église, toujours changeants et toujours
exaltants de cette fugue classique rythmée par
l'alternance des piliers en faisceaux et des vides des
arcades et par les variations de la lumière ;
l'élément répétitif des
travées, toutes de même dimension, n'engendre
aucune monotonie mais un épanouissement du sentiment
de sérénité, de majesté
sans emphase, de spiritualité matérialisée
dans la pierre.
Les quatre piliers de la croisée, sur lesquels
retombent les nervures de la voûte en étoile
du carré du transept avec ses liernes et ses
tiercerons, sont plus complexes, plus épais,
plus robustes que ceux du chur ou de la nef :
ils montent d'un seul élan du sol à la
voûte, aucune fenêtre, aucun triforium ne
les jouxtent.
(Christiane Piérard - 1992)
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