Le chapitre
   
Les règles du chapitre de Sainte-Waudru

Pas question du vœu de pauvreté ! Le chapitre noble est une institution qui assure aux postulantes un revenu non négligeable. L'admission au nombre des bénéficiaires n'implique pas que celles-ci renoncent à leurs possessions. On constate que plusieurs d'entre elles légueront leurs biens au chapitre à leur décès.

Pas d'obligation non plus de chasteté perpétuelle. A l'origine, la qualité de chanoinesse n'était reconnue qu'aux vierges et aux veuves ou encore, à celles qui, comme Waudru, renonçaient à tout commerce avec leur mari. On s'aperçoit cependant que dans les chapitres nobles, il ne leur était pas interdit de convoler en justes noces. De ce fait, elles s'excluaient de la communauté et perdaient, cela se conçoit, leur droit de prébende.

Dans le courant du XVe siècle, sur les cent vingt-trois vacances constatées dans la composition du chapitre montois, pas moins de vingt-sept le furent pour cause de mariage de la titulaire, contre soixante-huit par suite de décès.

Une autre cause du relâchement dans la stricte observance des règles tient à l'âge d'admission. Avant que Joseph II n'interdît l'accession au statut de chanoinesse avant l'âge de dix-huit ans, bon nombre de demoiselles étaient intronisées" dans leur prime jeunesse, parfois dès l'âge de huit ans, ou même plus tôt. On a gardé le souvenir de la réception d'Elisabeth de Lalaing, en 1429, à l'âge de vingt-deux mois "environ". L'âge précoce d'admission n'allait pas sans problèmes. Comment concilier avec l'obligation de résidence le jeune âge de la récipiendaire ? Celle-ci était tentée de rester dans sa famille. Aussi avait-on prévu de confier ces " écolières " à des chanoinesses plus âgées qui devaient s'occuper " de les nourrir, de leur apprendre leur office et les instruire en bonnes mœurs ". La moitié de la prébende était versée à la gardienne pour assurer le vivre, un quart pour "le vêtir et l'estoffe", le dernier quart restant à l'église jusqu'à ce que la jeune chanoinesse eût atteint l'âge de douze ans.

L'obligation de résidence dans l'enclos du chapitre devait d'une manière générale subir de graves entorses. Issues de la noblesse et menant au départ, avec leurs parents et amis, la vie de château, les chanoinesses s'absentaient souvent du monastère. Si bien que les dames aînées qui dirigeaient l'institution s'efforcèrent d'y mettre bon ordre.

Avant que Joseph II, le réformateur, à la fin du XVIIIe siècle, leur reconnût le droit de s'absenter au maximum quatre mois par an, un règlement de 1545, confirmé par l'empereur Charles Quint, privait d'une partie plus ou moins considérable de leur prébende, les demoiselles qui s'absentaient de l'église quand bon leur semblait, pour un long espace de temps.

D'autre part,les chanoinesses étaient tenues d'assister aux offices dans l'église capitulaire. Celles qui s'absentaient, ou simplement arrivaient en retard aux offices, perdaient tout ou partie du droit aux "distributions" quotidiennes dont nous ne connaissons pas bien la nature.

Quant à leur habillement, les chanoinesses n'étaient pas astreintes à porter hors de l'église, un vêtement religieux. Seulement, lors de l'assistance aux offices, elles étaient obligées de revêtir un costume de chœur par-dessus leur habit mondain. Ce costume a varié au fil du temps. On peut s'en faire une idée lorsqu'on voit ces demoiselles défiler lors de la procession annuelle des reliques de leur fondatrice. Dans les dernières années de l'Ancien Régime, les chanoinesses menaient une vie fort mondaine : elles avaient coutume d'assister notamment aux bals de la noblesse et aux redoutes. Tout au plus étaient-elles astreintes à porter en ville, par-dessus leur vêtement, un ruban auquel pendait un médaillon en or à l'image de sainte Waudru et de ses filles.

Ces demoiselles furent fort contrites lorsque l'empereur sacristain les priva de leurs vêtements somptueux, les obligeant à ne porter qu'un simple habit noir.

Aussi furent-elles bien heureuses, lorsqu'en décembre 1789, le comité général de la province les autorisa à reprendre leurs habits de chœur ainsi que leurs chants. Pour peu de temps, hélas ! En effet, lors de l'annexion de la Belgique par la France révolutionnaire, en 1795, le chapitre allait être supprimé et ses biens vendus à l'encan.

On tentera vainement, au début du XIX siècle, de faire revivre l'institution, mais la principale cause de l'échec de cette restauration est le fait qu'il n'était plus possible de reconstituer le patrimoine de ces chapitres nobles passé en d'autres mains.

Telle fut la destinée d'une institution qui était devenue, au cours des temps et du fait de sa sécularisation, un havre doré d'hébergement et d'éducation pour demoiselles de noble extraction, dans l'attente, pour bon nombre d'entre elles, d'un éventuel époux.

(Jean dupont - 1992)

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