Le chapitre
   
Les revenus du chapitre de Sainte-Waudru

Il est malaisé de préciser les avantages pécuniaires ou autres que les abbés laïcs retirèrent de cette ingérence. La mense abbatiale, si l'on en croit la chronique du temps, aurait été du tiers des revenus. Le patrimoine temporel du chapitre n'était certes pas comparable à celui des grandes abbayes du pays. Il n'en était pas moins considérable et provenait, pour l'essentiel, de la donation initiale venant de la fondatrice Waudru et de sa famille, à savoir les " villas " de Nimy, Quévy, Quaregnon, Jemappes, Waudrez, Ville-sur-Haine, auxquelles s'adjoindront de nombreuses donations ultérieures comme Hal, Hofstade et, dans l'extrême nord, Herentals. Les possessions du chapitre en terres, prés, bois, cens, dîmes, droits d'autelage et autres étaient dispersées dans une cinquantaine de localités. L'ensemble de ces biens constituait un tout indivisible.

De la masse des revenus réservés à l'institution, chacune des chanoinesses recevait une certaine part à titre de prébende, dont le montant était déterminé par le chapitre. A une certaine époque, au cours du XVIIe siècle, il fut décidé que le montant de la prébende serait réduit pour faire face aux charges entraînées par l'édification de la collégiale.

On conçoit que le nombre des bénéficiaires était lié à l'importance des revenus à répartir. A Mons, par exemple, le nombre des chanoinesses était limité à trente, auxquelles il faut adjoindre dix chanoines (à ne pas confondre avec ceux de Saint-Germain) affectés à diverses charges administratives. On imagine que les candidats se pressaient pour être admis au nombre des bénéficiaires. On ne s'étonnera guère que le comte-abbé, qui se réservait le droit de conférer les dites prébendes, soit intervenu à diverses reprises pour définir les conditions d'admission au chapitre. C'est ainsi qu'en 1214, le comte Ferrand de Portugal et son épouse, Jeanne de Constantinople, devaient stipuler que les prébendes ne seraient conférées par eux et leurs successeurs qu'à des filles de chevaliers nées légitimement. Si cette charte ne constitue pas l'acte de naissance du chapitre noble de Sainte-Waudru, elle nous apporte en tout cas, la confirmation de la sécularisation du chapitre montois.

En 1769, Marie-Thérèse, en sa qualité d'abbesse, devait renforcer encore ce caractère de l'institution en décrétant que ne pourraient être admises dans les chapitres nobles des Pays-Bas que les seules " demoiselles " qui pourraient faire la preuve qu'elles étaient issues de seize quartiers de noblesse et non plus de huit comme auparavant.

Mais la sécularisation du chapitre montois n'est pas uniquement liée à l'ingérence du pouvoir civil, notamment dans les conditions d'admission. C'est aussi la marque d'une répugnance des membres des chapitres nobles à se soumettre, à l'instar des moniales, à l'observance de règles trop rigoureuses.

On est loin du temps où le pape Lucien III, dans une bulle de 1182, confirmant les possessions du chapitre montois, exprimait son désir de voir ce dernier se conformer à la règle de saint Augustin.

Cette résistance à l'adoption de règles trop contraignantes se marque en différents domaines.

(Jean dupont - 1992)

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