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Nom du tableau : Érection de la croix
Artiste :d'Abraham Janssen (Liège ?, 1571/75
- Anvers 1632)
Avancement de la restauration : Restaurée
en 2006 par Paul Duquesnoy
Emplacement : transept Nord

Discours prononcé par M. Joost Vander Auwera*
à la Collégiale Sainte-Waudru de Mons
au sujet de L'Érection de la croix d'Abraham
Janssen (Liège ?, 1571/75 - Anvers 1632)
à l'occasion du retour des toiles à la
collégiale, le 14.01.2007
Madame la Bourgmestre,
Monsieur le Doyen
Monsieur le Président de la Fabrique d'église,
Mesdames, Messieurs,
C'est un honneur de pouvoir assister à cet évènement
festif, comme il est un véritable plaisir de
voir retourner tant de toiles importantes à la
collégiale Sainte-Waudru, dans un état
restauré qui fait de nouveau pleinement justice
à leur nature artistique.
Ce joyeux dénouement prouve, une fois encore,
qu'il faut toujours garder espoir. Je tiens tout particulièrement
à remercier, si je puis me permettre, le Président
de la Fabrique d'église, grâce à
qui nous, à savoir la courageuse historienne
d'art montoise Madame Ann Delvingt, et moi-même,
avons pu sortir de notre désespoir en plaidoyant
la cause de l'art. Grâce à vos efforts
et ceux de la ville de Mons, ces uvres importantes
ont pu être sauvées. Et bien sur aussi
par les efforts conjugués de Madame Dominique
Verloo de l'Institut royal du Patrimoine artistique
et du restaurateur montois Paul Duquesnoy.
Dans ces circonstances avantageuses, Monsieur Duquesnoy
a pu régénérer la lisibilité
et la splendeur artistique de l'Erection de la Croix,
exemple majeur de l'art d'Abraham Janssen. Cet artiste,
auquel j'ai dédié une thèse de
doctorat à l'Université de Gand, est probablement
né à Liège vers 1571-75 et, après
une vie artistique remarquable à Anvers, a été
enterré à la cathédrale de cette
ville en 1632. Janssen est donc bel et bien un contemporain
de Rubens. Néanmoins, les manuels d'histoire
de l'art ont l'habitude de le cataloguer comme un précurseur
de Rubens. C'était sans doute la nature plus
conservatrice du style de Janssen qui a donné
lieu à ce malentendu persistant. Janssen était
un peintre de talent, car il était considéré
comme le concurrent le plus important de Rubens à
Anvers pendant la première décennie suivant
le retour de celui-ci d'Italie (1608 - 1618). Après
cette date, Rubens se laissait inviter et fêter
à la Cour de France, d'Espagne et d'Angleterre,
tandis que Janssen continuait à être honoré
de commandes de maîtres-autels dans son pays natal.
C'était le cas à Valenciennes - qui faisait
alors encore partie des Pays-Bas méridionaux
- où il peignait le maître-autel des Bénédictins,
actuellement conservé au Musée des Beaux-arts
de cette ville; ou à l'église Saint-Gommaire
à Lierre dont le maître-autel représentant
La Résurrection du Christ à été
détruit malheureusement depuis lors par une incendie;
pour ne pas oublier, bien évidemment, Mons et
son église des jésuites. En effet, L'Erection
de la Croix dont nous saluons aujourd'hui le retour,
était à l'origine destinée au maître-
autel des jésuites montois. Cette toile monumentale
devait y remplacer vers 1624 un tableau au même
thème, jusque là installé sur un
autel provisoire. Ce sont les riches fonds des Archives
de l'Etat à Mons qui permettent de retracer l'origine
ainsi que les péripéties ultérieures
de cette toile. Les jésuites réservaient
la commande du plus important tableau dans leur église
à Janssen, probablement parce que cet artiste
avait des contacts privilégiés avec les
jésuites par le biais de sa sur : en effet
: plusieurs fils de celle-ci faisaient carrière
chez les jésuites de la Province belge, soit
comme prieur, soit comme maître des novices, ou
encore en qualité d'auteur d'écrits spirituels.
C'est pour ainsi dire dans un esprit de concurrence
dévote avec une des toiles du maître-autel
des jésuites à Anvers, que la composition
montoise à été commandée.
La toile anversoise, conçue à l'origine
par Rubens, a été exécutée
par Gérard Seghers, un élève de
Janssen - et d'ailleurs l'artiste sur lequel Madame
Delvingt prépare une thèse de doctorat
à l'ULB sous la direction du professeur Didier
Martens. Le nouveau complexe des jésuites à
Anvers, construit à partir de 1615 autour d'une
église opulente sous la direction des Pères
Pieter Huyssens et Jean Aquilon, avait fait sensation
: il est clair que Mons ne pouvait pas rester loin derrière
Anvers. L'ironie de l'histoire veut que c'était
un peintre anversois qui était l'instrument des
ambitions montoises. Vous voyez que les querelles civilisées
ont une longue tradition dans ce beau pays.
Les disputes ne s'arrêtaient pas là, parce
que une fois l'ordre des jésuites supprimés
en 1773 par l'Impératrice Marie-Thérèse,
et l'église désaffectée définitivement
du culte catholique sous le régime français,
la belle et monumentale toile fit l'objet d'une bataille
rangée de plusieurs années entre les hospices
civils et la collégiale de Sainte-Waudru. Dispute
qui se conclut en faveur de la Collégiale par
l'arrêté du Préfet de Jemappes du
19 brumaire an XI, style révolutionnaire, c'est-à-dire
le 10 novembre 1802. En 1876, la Commission royale belge
des Monuments, en visite officielle à Mons pour
inspecter le patrimoine de Sainte-Waudru, demanda et
obtint la restauration de l'uvre. A cette date,
on ne conservait qu'un écho lointain de l'identité
de son véritable auteur sous forme du prénom
Abraham : à cette date on attribuait l'Érection
de la croix à Abraham Teniers. C'est Julius Held,
le fameux historien d'art américain et un des
plus grand connaisseurs de Rubens, qui restitua en 1953
l'uvre à Abraham Janssen dans le Bulletin
des Musées royaux des Beaux-arts de Belgique
à Bruxelles. Par votre aimable invitation à
la collégiale Sainte-Waudru d'un conservateur
de la peinture des Pays-Bas méridionaux du dix-septième
siècle, aux Musées royaux des Beaux-Arts
de Belgique, la boucle est aujourd'hui de nouveau bouclée.
Je vous remercie pour votre attention.
* Conservateur au Département d'Art ancien des
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
Professeur en visite à l'Université de
Gand en Muséologie et en Gestion culturelle
Secrétaire général de l'Académie
royale d'Archéologie de Belgique
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